Le lac Supérieur était d’un calme rassurant ce matin-là. Les eaux, d’un bleu profond, reflétaient le ciel clair où quelques nuages cotonneux flottaient paresseusement. Marvin guidait le Lone Star à travers cette immensité familière, ses mains fermement agrippées à la barre. Chaque grincement de la coque, chaque éclat de lumière sur l’eau était un rappel des innombrables voyages qu’il avait déjà faits.
C’était une journée idéale pour pêcher.
Il avait jeté ses filets avec la précision de l’habitude et observait maintenant l’horizon en attendant. Le lac semblait infini, une étendue paisible qui apaisait les tourments invisibles de Marvin. Ici, seul avec l’eau et le ciel, il se sentait chez lui.
Mais il y avait quelque chose dans l’air. Une note subtile, à peine perceptible, qui différait des autres jours.
Le vent, jusque-là léger et joueur, changea imperceptiblement. Il devint plus froid, plus insistant, comme un murmure d’avertissement. Marvin leva les yeux vers l’horizon. Au loin, des nuages s’amoncelaient, sombres et menaçants. Il fronça les sourcils.
Les tempêtes sur le lac Supérieur n’étaient pas rares, mais elles s’annonçaient généralement à l’avance. Pourtant, celle-ci semblait surgir de nulle part.
Quelques heures plus tard, le calme avait disparu.
Le vent hurlait, sifflant autour du Lone Star avec une intensité qui faisait trembler chaque boulon du bateau. Les vagues, d’abord petites et régulières, étaient devenues des murs d’eau qui faisaient tanguer l’embarcation comme un jouet. Marvin luttait pour maintenir le cap, ses mains crispées sur la barre.
Chaque déferlante frappait la coque avec une violence assourdissante, projetant des gerbes d’eau glaciale sur le pont. Le moteur rugissait, mais semblait lutter contre la puissance des éléments. Marvin, trempé jusqu’aux os, sentait l’adrénaline pulser dans ses veines.
— Tiens bon, vieux, murmura-t-il entre ses dents serrées, s’adressant autant à lui-même qu’à son bateau.
Mais au fond de lui, il savait que cette tempête n’était pas comme les autres.
Le ciel s’assombrit davantage, et un grondement sourd emplit l’air. Marvin leva les yeux, cherchant l’origine de ce bruit. Une colonne de vent et d’eau semblait naître au loin. Un cyclone.
Ses entrailles se nouèrent.
La colonne tournoyante gagnait rapidement en intensité, aspirant tout sur son passage. Le Lone Star n’était pas conçu pour résister à de telles forces. Marvin sentit l’air se raréfier, le vent siffler plus fort, comme si le lac tout entier était aspiré par cette créature monstrueuse.
Puis, elle l’atteignit.
La vague qui accompagna le cyclone était titanesque. Une masse d’eau noire, immense et implacable, s’abattit sur le bateau. Marvin n’eut pas le temps de réagir. Le choc le projeta en arrière, et il fut arraché au Lone Star.
L’eau glaciale l’enveloppa aussitôt, coupant son souffle. Il se débattit, cherchant désespérément une prise, mais les vagues étaient trop fortes. Le courant le tirait vers les profondeurs, tourbillonnant autour de lui avec une force incontrôlable.
Le Lone Star, son fidèle compagnon, était déjà hors de vue, englouti par le chaos. Marvin lutta encore, mais ses forces s’amenuisaient. L’air manquait, ses muscles se contractaient, et la panique brouillait son esprit. Puis, alors qu’il sombrait davantage dans l’obscurité glacée, une étrange sensation de calme l’envahit.
Le grondement du cyclone s’éloignait, remplacé par le silence.
Et tout devint noir.