Le froid mordant le réveilla. Les galets humides sous son dos étaient aussi durs que du béton, et l'air frais du matin, chargé d'humidité, lui piquait la peau. Marvin ouvrit les yeux avec difficulté. Une lumière pâle filtrait à travers un ciel couvert, projetant une lueur grise et terne sur son environnement.

Il se redressa lentement, l'esprit embrouillé. Où était-il ?

Autour de lui, une plage de galets s'étendait sur plusieurs mètres avant de céder la place à une forêt dense et sombre. En arrière-plan, des montagnes imposantes s'élevaient, leurs sommets enveloppés de brume. Le paysage, bien que majestueux, était sauvage et inquiétant.

Un goût fade envahissait sa bouche, mélange d’eau douce et de fatigue. Chaque muscle de son corps protestait à chaque mouvement. Les souvenirs de la tempête lui revinrent par vagues. Le Lone Star. Les vagues déchaînées. Le cyclone. L'eau glaciale l'engloutissant. Puis, plus rien.

Il regarda autour de lui, cherchant désespérément une trace du bateau. À quelques dizaines de mètres, un amas de bois brisé s'éparpillait sur le rivage. Son cœur se serra.

Marvin tituba vers les débris, le bruit des galets crissant sous ses pas. Ce qui restait du Lone Star était à peine reconnaissable. Des morceaux de coque brisée, un filet déchiré, et une pagaie solitaire jonchaient le sol. Il s'agenouilla, passant ses doigts sur le bois éclaté.

— Désolé, vieux compagnon, murmura-t-il d'une voix rauque.

Il fouilla parmi les débris, espérant trouver quelque chose d'utile. Après plusieurs minutes, il parvint à récupérer un couteau, une lampe torche, et un sac imperméable contenant quelques rations : une boîte de conserve, une gourde à moitié pleine, et un paquet de biscuits écrasés.

Il s’assit lourdement sur un rocher proche, les mains tremblantes, fixant l’horizon. Les eaux du lac Supérieur s’étendaient devant lui, calmes et impassibles, comme si la tempête de la veille n’avait jamais existé. La solitude s’imposa à lui comme une chape de plomb.

Les images de la tempête refaisaient surface : les vagues géantes, le grondement assourdissant du vent, le moment où il avait perdu le contrôle… et cette sensation glaciale lorsqu’il avait été englouti.

Marvin passa une main sur son visage. Ses doigts tremblaient encore.

— Qu’est-ce que je fais ici ? murmura-t-il, la gorge serrée.

Il resta immobile, le regard perdu dans les flots, pendant de longues minutes.

Ce n’est qu’après un long moment qu’il sentit un frisson lui parcourir l’échine. Il n’avait pas le luxe de rester ici. Pas de bateau pour repartir. Pas de certitude sur où il se trouvait.

Son regard se tourna vers la forêt. Sombre, impénétrable, elle s’étendait à perte de vue. Si cette île recelait des ressources, il devait les trouver.

Il prit une grande inspiration, se redressant avec difficulté.

— Une chose à la fois, murmura-t-il, cette fois avec plus de fermeté.

Marvin rassembla ce qu’il pouvait porter et fit ses premiers pas vers l’inconnu, le cœur alourdi mais la volonté intacte.

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