Le crépuscule jetait ses derniers rayons dorés à travers les imposants pins de la forêt de Clairval. Sirius, son sac sur l’épaule et la hache à la ceinture, avançait avec détermination sur un sentier bordé de fougères. Son esprit tourmenté rejouait encore et encore les mots de la lettre laissée par Brennar. Il peinait à accepter ce qu’il avait lu, comme si chaque phrase remettait en question tout ce qu’il croyait savoir.
La maison de l’ami de Brennar était encore loin, à deux jours de marche, et la solitude pesait déjà sur ses épaules. Les arbres semblaient s’épaissir autour de lui, leur silence interrompu uniquement par le bruissement des feuilles et le cri lointain des oiseaux nocturnes. Il savait que la forêt pouvait être dangereuse, mais son esprit préoccupé ne lui laissait guère de place pour la prudence.
Alors qu’il s’enfonçait davantage dans les bois, une sensation désagréable le prit. Comme si des yeux invisibles le suivaient. Il posa instinctivement la main sur sa hache et scruta les alentours, mais il ne vit rien. Pourtant, un léger frisson parcourut sa nuque.
« Idiot », murmura-t-il à lui-même en reprenant son chemin.
Quelques instants plus tard, une ombre jaillit des arbres. Sirius n’eut que le temps de lever un bras avant qu’une silhouette fine et agile ne le désarme en un éclair. Il se retrouva au sol, une dague effilée sous sa gorge. La jeune femme qui lui faisait face portait des vêtements sombres et légers, conçus pour se fondre dans l’ombre. Son visage, encadré par des mèches brunes en bataille, était marqué par un sourire narquois.
« Pas un geste, mon grand », dit-elle d’une voix moqueuse. « Pose ton sac doucement. »
Sirius fronça les sourcils mais obtempéra, glissant son sac au sol. Il détailla la femme qui le tenait en respect. Malgré son apparente désinvolture, elle semblait tendue, prête à frapper à la moindre provocation.
« Je n’ai rien de valeur », grogna-t-il. « Juste un peu de pain et d’eau. »
Elle haussa un sourcil, curieuse. « Alors pourquoi un homme comme toi traverse-t-il la forêt seul avec une hache et cet air perdu ? »
Il ne répondit pas. Ses yeux fixaient la lame scintillante, mais son esprit cherchait une opportunité. D’un geste rapide, il attrapa son poignet et la déséquilibra, faisant tomber la dague au sol. Ils roulèrent tous deux dans les feuilles, luttant pour prendre le dessus. La femme, bien plus agile que Sirius, le repoussa d’un coup de genou et récupéra sa dague. Mais au lieu de l’attaquer à nouveau, elle recula, essoufflée, et éclata de rire.
« Pas mal », dit-elle, visiblement amusée. « Tu es plus coriace que je ne le pensais. »
Sirius, haletant, se releva lentement. « Si tu veux me tuer, fais-le. Sinon, épargne-moi ton arrogance. »
Son ton direct sembla la décontenancer. Elle rangea sa dague et le dévisagea un instant, intriguée. « Tuer ? Non. Ce n’est pas mon style. Je préfère voler les riches idiots qui se croient malins. Toi, tu n’es ni riche, ni idiot. Alors dis-moi : qu’est-ce qui te pousse à traverser cette forêt ? »
Il hésita. L’idée de révéler quoi que ce soit à cette étrangère ne lui plaisait guère. Mais quelque chose dans son regard, une curiosité sincère, le désarma plus que sa lame.
« Je cherche quelqu’un », finit-il par dire.
Elle hocha la tête, les bras croisés. « Et tu crois vraiment arriver vivant à destination tout seul ? Cette forêt est truffée de dangers, et tu n’as pas l’air du genre à savoir te défendre contre autre chose que des arbres. »
Sirius serra les dents mais garda le silence. Elle lui tourna autour comme un chat joueur, son sourire espiègle toujours présent.
« Je pourrais te suivre. Te guider, même », proposa-t-elle avec un clin d’œil. « Mais je ne fais rien gratuitement. »
Sirius fixa son regard sur elle, exaspéré. « Non. Je n’ai pas besoin de ton aide. »